L’inquiétant déclin de Matignon

imagesMon interview de ce jour sur Atlantico.

1.La fonction de Premier ministre semble de moins en moins prépondérante dans le fonctionnement de la cinquième République. Les dernière annonces de François Hollande concernant la création de plusieurs observatoires notamment, ont-elles porté le coup de grâce à la fonction ?

Le fonctionnement et l’organisation de l’appareil d’Etat, donc la création et la gestion de tels observatoires, sont au coeur de la compétence du Premier ministre qui est le chef de l’administration selon la Constitution. Cette annonce par le chef de l’Etat de la mise place de ces organismes, qui seraient semble-t-il sous la tutelle de l’Elysée, constitue donc bien un signe supplémentaire du déclin de Matignon, tout comme l’intervention directe du président dans l’affaire Léonarda. En principe, dans l’esprit de la Ve République, le chef de l’Etat fixe les grande orientation du pays et le chef de gouvernement les met en oeuvre au quotidien. Ce partage des rôle est totalement dépassé et le président est directement mélé au quotidien, reléguant le Premier ministre dans un rôle secondaire.

2.Selon l’article 21 de la Constitution, Le Premier ministre dirige l’action du gouvernement. Il est responsable de la Défense nationale. Il assure l’exécution des lois. Sous réserve des dispositions de l’article 13, il exerce le pouvoir réglementaire et nomme aux emplois civils et militaires. Est-ce que, dans les faits, ces prérogatives sont toujours vraies ?

Les outils de direction du gouvernement sont en principe à Matignon où se réunissent les ministres et les collaborateurs dans le cadre des RIM, réunions interministérielles où se prennent les décisions au quotidien. Le Premier ministre est chargé de rendre des arbitrages en cas de désaccords entre les membres du gouvernement. Il dispose du secrétariat général du gouvernement (SGG) dont les comptes rendus, les « bleux ministériels », valent feuille de route pour le gouvernement. En réalité, les choses ne se passent plus tout à fait ainsi et dès qu’un sujet important se présente, les arbitrages sont rendus à l’Elysée par le président, au « salon vert », salle de réunion du chef de l’Etat.

3.Est-ce que d’autres éléments, dans la présidence de François Hollande, explique l’affaiblissement de la fonction de Premier ministre ?

Je crois que c’est une tendance de long terme qui correspond à plusieurs facteurs: la réduction du mandat présidentiel à 5 ans est la cause essentielle de cette présidentialisation du régime. Sous le septennat, jusqu’à 2000, le chef de l’Etat pouvait apparaître comme une sorte de monarque républicain au dessus des contingences. Désormais, son mandat coincide avec celui de l’Assemblée nationale. Il est élu avec son programme et sa majorité, et il est donc personnellement responsable de sa mise en oeuvre, ce qui le pousse à intervenir dans le quotidien. La vision du chef de l’Etat, la conception présidentielle de sa mission, qui l’incite à vouloir régler lui-même les sujets mêmes ponctuels, ne fait qu’accentuer cette évolution. Dès lors, le rôle du Premier ministre devient secondaire.

4. Le Premier ministre est-il devenu, de facto, un simple collaborateur du président de la République ? Est-il condamné à disparaître ?

A mes yeux, cette évolution est désastreuse. La France a une longue tradition, même en certaines périodes de la monarchie, songeons à Louis XIII et Richelieu, d’exercice du pouvoir en tandem, un chef d’Etat qui représente la nation, la continuité, les orientations de long terme, la politique étrangère et de défense, et un Premier ministre homme de terrain, qui gère les difficultés au quotidien, prend des décisions difficiles et assume l’impopularité. Ce découplage permet, dans une certaine mesure, de préserver l’image d’un président garant de l’unité du pays. Désormais, le président est directement exposé à la violence du quotidien, il en perd le recul nécessaire pour oeuvrer sur le long terme et navigue au jour le jour dans un contexte d’impopularité sans précédent historique. En outre, le chef de l’Etat n’étant pas responsable devant l’Assemblée comme le Premier ministre, il exerce le pouvoir au quotidien à la place de ce dernier, en dehors de tout contrôle et de la possibilité de le destituer en cas de crise grave. Je pense qu’il faut sans doute, revenir au mandat de 7 ans, peut-être inventer une clause de responsabilité par exemple l’obligation d’un référendum à mi-parcours, sur lequel il engage son mandat – comme procédait le général de Gaulle – et en tout cas, respecter la Constitution qui fait du Premier ministre et de lui seul le chef du Gouvernement. Hélas, par aveuglement ou courte-vue, méconnaissance de l’histoire et incompréhension des équilibres politiques de la France, ce n’est pas du tout la voie qui est suivie. http://www.atlantico.fr/decryptage/francois-hollande-plus-besoin-changer-premier-ministre-maxime-tandonnet-956676.html

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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20 commentaires pour L’inquiétant déclin de Matignon

  1. MICHAUD Alex dit :

    Pour comprendre ces dérives partitocratiques, il faut relire le livre prophétique du sociologue Robert MICHELS: Les partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties. Paru en français chez Flammarion en 1914, il fut réédité en 2009 par l’Université de Bruxelles. Cette tendance de fond est toujours d’actualité et explique la crispation idéologique des partis établis en proie à la concurrence de formations d’opposition vigoureuses et anti-système, de droite comme de gauche.
    – Gael BRUSTIER et Jean-Philippe HUELIN. Voyage au bout de la droite. Mille et Une Nuits.

  2. Koufra dit :

    Parfois, la stabilité d’un système politique ne tient qu’à l’absence de solution alternative ou de personne ayant la volonté de la mettre en œuvre.

    Koufra

  3. Anne dit :

    S’il venait à l’idée aux Français de se méfier des médias, s’il leur venait à l’idée de s’intéresser à d’autres candidats qui proposent une politique différente, efficace, basée sur la sortie de l’UE qui dicte sa loi au sein des Etats ? S’il leur venait à l’idée de soutenir François Asselineau de l’UPR après avoir écouté ses conférences sur le net ?
    Les hommes politiques, que vous appelez gouvernants dans un autre article, n’ont plus aucune marge de manoeuvre tant l’UE est tentaculaire et ne peuvent se distinguer les uns des autres que par des « détails ». Ainsi le pratique Monsieur Hollande. Pieds et poings liés à la politique européenne, il exerce son mandat en faisant interdire un humoriste (quoi que l’on pense de ce dernier) et en exposant sa vie privée qu’il voudrait assez people pour le rendre sympathique. Mais les Français ont d’autres soucis, bien plus graves.
    http://www.upr.fr/

  4. Sceptique dit :

    La définition des rôles respectifs du Président et du Premier Ministre appartient à la rédaction initiale de la Constitution de la Vème République. L’élection du Président de la République au suffrage universel (direct), approuvée, si mon souvenir est bon, par référendum, a modifié l’équilibre, au profit de la fonction présidentielle, plus responsable, plus sollicitée. Comme l’élection du Président détermine les législatives, le résultat de la première domine ceux de la seconde. Dans l’esprit des électeurs le nouvel équilibre des pouvoirs est plus conforme à leurs désirs (du moment, au moins).
    Pour ma part, je m’accommode très bien de cette hiérarchie.

    • Sceptique vous vous « accommodez très bien » de cette hiérarchie mais la France ne s’en accommode pas et le système politique est paralysé… D’où la nécessité de réfléchir à d’autres solutions!
      Maxime

  5. Plume dit :

    Monsieur Tandonnet,
    Comme parfois, ma contribution est hors-sujet.
    Je me permets de transmettre ici l’adresse du site internet de Madame Farida Belghoul qui, avec des relais locaux, se bat contre l’enseignement de la théorie du genre et tout ce qui va avec, y compris l’intervention d’associations très orientées, dans nos écoles :
    http://jre2014.fr/
    https://www.facebook.com/jre2014
    Elle mène courageusement un des combats essentiels pour nos enfants.

  6. Koufra dit :

    Dans le quinquennat et dans une Europe qui s’est attribué les pouvoirs régaliens, le président doit, pour exister, aller sur les prérogatives du 1er ministre, qui doit donc s’effacer.

    Bien à vous

    Koufra

  7. François dit :

    Le tournant pris par François Hollande (enfin, s’il y a tournant !), aurait, de toute évidence, mérité soit un référendum, soit une dissolution de l’Assemblée nationale. En effet, c’est se moquer des électeurs de gauche que de vouloir leur imposer une politique totalement absente des 60 propositions du candidat à la présidence.
    Il n’y a pas si longtemps, on nous a expliqué qu’il n’y avait aucun besoin de recourir au référendum pour le mariage gay, puisque la proposition de loi faisait partie du programme présidentiel ! Soit, mais alors que fait-on lorsqu’un virage à 180° intervient dans la politique économique et est donc totalement absente de ce même programme ? En effet, j’ai beaucoup de mal à saisir la cohérence qui existe entre la taxation à 75 % des plus riches et ce « pacte de responsabilité ». Comment voulez-vous que les entreprises puissent avoir confiance dans la parole présidentielle alors que c’est le même homme qui a avalisé cette politique de matraquage fiscal et de défiance vis-à-vis du monde économique (cf. les différentes frondes : pigeons et autres volailles plumées)
    Alors, pour en revenir au sujet même de votre billet, ne croyez-vous pas qu’au-delà d’une énième réforme de notre constitution, qui a force d’être amendée ne ressemble plus à rien, il faudrait simplement que nos hommes politiques arrêtent tout simplement de se moquer d’abord de leur propre électorat et ensuite des Français ? Ce sont des « politicards » et non des hommes d’État. Alors, vous aurez beau mettre à leur disposition la plus belle constitution du monde, ils n’en tireront jamais la « substantifique moelle ». C’est comme confier une Ferrari ou une Porsche à un jeune conducteur ou à un fou du volant, c’est l’accident presque assuré au premier tournant …
    Cela étant dit, je suis d’accord avec vous sur l’erreur manifeste qu’a constitué le quinquennat.

    • François, cela rejoint exactement une réflexion que je me suis faite. La stabilité que permettent les institutions est factice, artificielle, contreproductive. Ce ne sont plus les responsables qui changent, puisque tout est figé, mais le changement se fait à personnel politique constant, c’est-à-dire que le mouvement doit se produire dans l’esprit des gouvernants. Nous sommes dans la République des girouettes, donc de la faiblesse, de l’inconstance, de la négation des convictions… C’est devenu pire que le IIIème ou la IVème…
      MT

  8. Frederic_N dit :

    Maxime
    J’ai lu et relu votre position. Et j’ai deux remarques
    La première est qu’en vous lisant encore une fois, on apprend quelque chose . Et je comprends qu’atlantico vous interroge : vous ne vous contentez pas de ces discours de fainéants qui peuplent les médias, mais vous décrivez les faits , leur logique de l’intérieur. En vous lisant – et je lis beaucoup – j’ai appris quelque chose de la crise de l’etat . Ce n’est pas le cas lorsque je lis par exemple les « débats » du « Débat  » ( la revue de M Gauchet) : là où c’est verbeux vous êtes précis . Merci
    Mais la seconde est sceptique. Car on a le sentiment en vous lisant que vous vous contentez d’un discours de l’intérieur ( de l’appareil gouvernemental). En fait vous dites on est allé dans une direction , c’est mauvais, je le prouve, il faut simplement revenir en arrière .Est-ce cohérent ? C’est oublier qu’il y a des causes non institutionnelles à cette évolution : et notamment l’idéologie « Rousseau / Robespierriste » de la totale souveraineté populaire. C’est elle qui nourrit ce qui est quand même le primat absolu de l’exécutif sur le législatif , et qui explique que la dérive que vous pointez soit acceptée par les français ( c’est aussi cela que voulait dire l’antisarkozisme )
    Personnellement je suis plutôt « Voltaire – Locke » et je crois que le pouvoir de l’Etat doit être encadré. Et je voudrais vous alerter sur un point . La dérive que vous pointez est concomitante d’un déni de plus en plus systématique des droits fondamentaux ( la liberté d’expression et de conscience, on en abondamment parlé ici, le droit de propriété , ainsi que l’égalité en droit avec les discriminations positives) . C’est donc à un niveau plus général qu’il faut l’interroger : on ne pourra pas revenir au gaullisme !

    • FrédéricN, je suis entièrement d’accord sur les causes idéologiques ou mentale de cette dérive, qui dépassent la question des institutions, même si j’en parle au niveau des institutions… Je ne dis pas qu’il faut revenir en arrière, c’est impossible, l’histoire ne revient jamais en arrière, il n’existe aucun exemple de retour en arrière; je pense qu’il faut évoluer vers autre chose, thèse-antithèse, synthèse, nous sommes bien d’accord!
      MT

  9. UneVoix dit :

    Mais… heu… y-a-t-il encore un état ? ou un pilote dans l’avion ?

  10. Freddie dit :

    J’allais oublier les audits de complaisance, équivalent à l’échelle de la copro des commissions trucs et machins financées par le gouvernement pour faire dire par des experts ce qu’il a envie de faire passer comme message. Vous avez dit que notre gouvernement n’est pas représentatif ?

  11. Freddie dit :

    @theotimedesavoie, quand je vois comment ma copropriété est gérée, avec magouilles et petites affaires, campagnes de délation organisées contre les copropriétaires honnêtes par le conseil syndical lui-même, travaux inutiles votés par ceux qui s’arrangent pour capter les nombreux pouvoirs en blanc, et j’en passe et des meilleures, je me dis que si, hélas, le gouvernement est tout à fait à l’image des Français qui l’ont élu…

  12. Cher M. Tandonnet,

    Et bien nous n’avons qu’à revenir à une monarchie avec un Roi dont le Président serait le premier ministre!

    Non, plus sérieusement, croyez-vous que les différents organismes annoncés par Hollande aillent dans le sens de la libéralisation des énergies en France et de la réforme de l’Etat, c’est-à-dire d’une réduction de sa taille et de ses prérogatives. Vraiment, le fait que ces nouveaux machins dépendent de Matignon ou de l’Elysée, peu importe. Jugez plutôt :

    Un Conseil de Simplification
    Un Observatoire des Contreparties
    Un Conseil stratégique de la dépense

    Et pourquoi pas un Haut-Commissariat à la Gestion Simplifiée des Parties Présidentielles, si vous voyez ce que je veux dire…

    Hollande n’a plus aucune crédibilité et par conséquent plus aucune autorité, plus de légitimité…

    Pour ma part, je ne le reconnais pas comme Président de la République Française et je mesure la gravité d’une telle position.

    • theotime, mais il l’est de facto et c’est cela qui compte… Dans l’idée de monarchie constitutionnelle, je n’aime pas le principe d’hérédité, pourquoi, on non de quoi tel fils de famille?… Je préférais une vraie république avec un président élu pour une longue durée mais avec des pouvoirs de monarque constitutionnel et non de chef de gouvernement.
      Maxime
      MT

  13. Bonjour Maxime,

    Je suis d’accord avec vous sur le fait que le passage du septennat au quinquennat est une cause majeure de la mystification des fonctions de chef de l’Etat et de Premier Ministre.

    Mais je vois aussi deux autres facteurs d’explications :

    – l’avènement d’internet a constitué un bouleversement de la démocratie, qui est devenue plus directe, plus instantanée. Le « monarque républicain » n’est plus possible à une époque où chacun de ses gestes est scruté, son corps ausculté, à l’heure où il doit être proche des préoccupations de son peuple, se révéler quelqu’un d’in fine « comme tout le monde » s’il veut être élu.

    – la Nation a été désacralisée depuis la seconde guerre mondiale. Qui aujourd’hui ferait le sacrifice de sa vie pour l’idée qu’il se fait de sa Nation ? La Nation désacralisée, c’est son représentant qui n’est plus monarque de droit divin, qui n’est plus considéré comme au-dessus de la mêlée, intouchable, mais qui est sommé de rendre des comptes à ses électeurs.

    C’est donc selon moi le fonctionnement même de la démocratie aujourd’hui et la désacralisation de la Nation, en sus de la suppression du septennat, qui rendent obsolètes les représentations traditionnelles de ses deux fonctions.

    Bien à vous,

    • Michel Croz, tout à fait d’accord avec le second point, le premier, je suis plus dubitatif. Un chef de l’Etat peut être proche des gens et du peuple sans pour autant exercer un rôle de chef de gouvernement.
      Maxime

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