L’esprit totalitaire

451px-Hannah_ArendtUne réflexion sur le totalitarisme est rendue compliquée par la banalisation de ce mot, utilisé en permanence pour discréditer l’adversaire idéologique, chacun devenant le « totalitaire » de l’autre. Hormis cet usage galvaudé, le concept, approfondi par Hannah Arendt, distinct de celui de « dictature » ou de « tyrannie », s’applique pour l’essentiel aux deux monstres idéologiques du XXème siècle, le national-socialisme et le communisme, dont la philosophe souligne les convergences : même racines dans le chaos social d’une époque, même caractéristiques autour de la propagande de masse, du culte de la personnalité, la déshumanisation par les camps de concentration. Hannah Arendt donne une définition lumineuse du totalitarisme : « Le dessein des idéologies totalitaires n’est donc pas de transformer le monde extérieur, ni d’opérer une transmutation révolutionnaire de la société, mais de transformer la nature humaine elle-même[1]. »  Le système totalitaire qui a ravagé la planète, provoqué les massacres de centaines de millions d’hommes et dominé les régimes politiques la moitié de l’humanité au XXème siècle – en incluant la Chine communiste –  a-t-il, par la magie d’une changement de siècle, entièrement disparu de la réalité et de l’esprit des hommes du XXIème ? Evidemment, non. Son fantôme exhale un parfum macabre chaque fois qu’une idéologie ambitionne, ouvertement ou implicitement, de « transformer la nature humaine elle-même. » La trop célèbre « théorie du genre », à la mode en ce moment, qui nie l’essence même d’une humanité fondée sur la différenciation sexuelle, relève quelque part, de cet esprit totalitaire défini par Hannah Arendt. Un amendement parlementaire, déposé le 28 février dernier, en exprime l’idée sans aucune ambiguïté : « l’idée de substituer à des catégories comme le sexe ou les différences sexuelles, qui renvoient à la biologie, le concept de genre qui lui, au contraire, montre que les différences entre les hommes et les femmes ne sont pas fondées sur la nature, mais sont historiquement construites et socialement reproduites ». Encore n’est-ce là qu’un exemple parmi d’autres possibles de cette tentation larvée de transformer la nature humaine elle-même, ce feu mortel qui couve en permanence sous la braise. « Les solutions totalitaires peuvent fort bien survivre à la chute des régimes totalitaires, sous la forme de tentations fortes qui surgiront chaque fois qu’il semblera impossible de soulager la misère politique, sociale et économique d’une manière qui soit digne de l’homme » nous dit Hannah Arendt, en immense visionnaire qu’elle était.

Maxime TANDONNET


[1] Le système totalitaire, le seuil 1972, collection points, page 200.

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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31 commentaires pour L’esprit totalitaire

  1. Koufra dit :

    Après la théorie, la mise en application :

    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/06/19/01016-20130619ARTFIG00658-le-premier-prisonnier-de-la-manif-pour-tous.php

    Sérieusement? Un étudiant de la catho d’Angers(ESEO) c’est bien évidemment un dangereux sauvageon ( pour attaquer un RER, on prends combien?)…..

    En plus, il n’a pas été interpellé par hasard mais choisi (visiblement c’est un des fondateurs du mouvement des veilleurs, il manifeste en priant, c’est dire la violence ….).

    La qualification de prisonnier politique me paraît légitime.

  2. Frederic_n dit :

    @koufra, annick
    Je ne veux pas « squatter » le blog de M Tandonnet et entamer une polémique sur l’oligarchie
    . Si vous le souhaitez je peux continuer sur mail privé, il suffit de le donner. Juste un mot sur la presse allemande qui rejoint le sentiment d’humiliation de Maxime. Il n’est plus vrai que cette presse défende « ses intérêts nationaux » vis à vis de nous .Pas comme nous l’entendons en tout cas. Aujourd’hui la presse allemande a peur de nous. Peur que nous continuions nos bêtises et entrainions l’Europe. C’est dire où on est tombé !
    Si la presse française faisait son boulot cela ferait réflechir pas mal de gens

  3. Plume dit :

    Monsieur Tandonnet,
    Une réaction à l’actualité : une bagarre de rue entre jeunes (après provocation verbale de la victime selon un témoin qui passe en boucle dans les infos) et, selon le maire de Paris, ‘la démocratie est en danger’ (citation pas au mot près), et toute une partie du peuple français est encore assimilée à des fascistes, et le petit monde politique, médiatique et communiste est en deuil. Ils se sont même tous levés à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Lorsqu’un islamiste fait une tentative de meurtre sur un soldat français, il ne faut surtout pas faire d’amalgame, pas d’amalgame, pas d’amalgame. Mais lorsque deux jeunes se tapent dessus, dont l’un est d’un groupe d’extrême-droite, il n’y a aucun problème à faire toute sorte d’amalgame, jusqu’à même y inclure les familles qui ont manifesté contre le ‘mariage pour tous’.
    Si vous êtes communistes, anarchistes, syndicalistes, si vous n’êtes pas catholiques, si vous n’êtes pas blancs, vous pouvez casser, insulter, accuser, revendiquer, c’est normal, on est en démocratie, il faut comprendre….Mais si vous n’êtes pas de ceux-là, vous êtes forcément fascistes, racistes, homophobes, etc…Nous vivons dans un pays formidable…Et après on s’étonne que les rancoeurs et les haines soient exacerbées…

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