L’ambition

Une anecdote, strictement authentique, j’en donne ma parole, pour s’amuser un peu. J’ai fait récemment la connaissance, devant un café, d’une dame très élégante la cinquantaine, des beaux quartiers de Paris, qui me présente son fils, Martin, 20 ans, admis en deuxième année de droit, style branché, blondinet, cheveux mi long. Le jeune homme, m’explique-t-elle, vient de prendre sa carte au parti socialiste et songe à s’engager dans le militantisme étudiant. Puis, toujours sur le ton le plus sérieux du monde, elle m’interroge sur la vie quotidienne à l’Elysée, où j’ai travaillé pendant 4 ans, insistant sur les détails matériels : les horaires, la restauration, les logements de fonction, le service… « Mais pourquoi donc ?» lui ai-je demandé. « Ben, pour Martin, quand il sera président de la République ! » Interloqué, je m’aventure à lui suggérer que « ce n’est peut-être pas si simple… » Soudain, la brave dame part en vrille : « Comment ça pas si simple ? Et pourquoi il ne serait pas président de la République, Martin, comme Sarkozy, comme Hollande ? Hein ? Pourquoi pas lui ? » Cet échange qui remonte à tout de même quelques mois et dont je garantis la parfaite authenticité, me revient soudain à l’esprit, comme révélateur d’un certain état d’esprit décadent en toile de fond de la vie politique. Au début, j’ai ressenti une sorte de malaise teinté de pitié pour la mère de Martin en me demandant comment il était possible d’atteindre un tel degré dans le ridicule. Aujourd’hui, réflexion faite, je m’interroge : et si elle avait raison, et si Martin était notre futur président de la République ? Allons, au point où nous en sommes…  Et je ne peux plus voir un militant, de n’importe quel parti, d’un bout à l’autre de l’échiquer, un candidat à telle ou telle élection, un politicard actuel, d’aujourd’hui, sans songer à mon nouvel ami Martin……

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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32 commentaires pour L’ambition

  1. JM dit :

    Heureusement, parfois, il y a quelques témoignages sur le désintéressement de l’exécutif si j’en crois Le Figaro du 18 février 2013 dans lequel Marie de Gandt, qui publie Sous la plume et qui participa , si ‘jen crois le journal, aux discours du président Sarkozy, déclare que le pouvoir « est aliénation permanente, quand les Français le fantasment comme une jouissance effrénée (…). Je n’ai pas vu la corruption, ni le bon temps passé à profiter ds palais nationaux. Ce sont des gens qui travaillent et qui sont pris dans un temps frénétique. Ils ne vivent pas dans le luxe. Ce qui les porte, c’est l’envie d’agir, plus le caractère du joueur ».

    Quelques lignes plus tôt, on peut lire : « Au total, je trouve que la droite est nettement moins sectaire que la gauche. A mes interlocuteurs de droite, je pouvais dire que j’étais de gauche et la discussion n’était pas close ».

    • JM, Merci de ce commentaire, Marie est une adorable jeune femme, gentille intelligente et jolie, mais pour avoir feuilleté son livre, je trouve qu’elle se donne un peu trop le beau rôle en jouant l’indignée de gauche parmi la bande de salauds de droite…
      Bien à vous
      Maxime

  2. JD75 dit :

    Bonsoir, Maxime
    Suggérez à Martin de se présenter à Paris aux municipales de 2014. Cela peut être un bon tremplin pour la suite, et mesdames NKM, Dati et Hidalgo, qui semblent être en lice sur le sujet, pourraient constituer des adversaires à sa taille.
    Je suis quant à moi ébahi que des grands partis (au moins par le nombre de leurs cadres et de leurs élus) n’envoient pas de personnalités de tout premier plan pour assumer de telles responsabilités (ou à la conquête d’un tel poste, si l’on veut).

    Bien cordialement,

  3. Willy dit :

    Bonjour Maxime,

    Et bien moi je dirai à cette dame: Madame, tous les espoirs sont permis quant à l’avenir de votre avorton. on a bien Hollande comme président! Peut être que votre génie en herbe ferait il mieux.

    Aprés avoir eu la méchante sorcière de blanche neige,; pourquoi ne pas avoir Casimir ou Scoubidou?

    De toute façon nos dirigeants actuels ne décident plus de rien et sont aux ordres de l’europe et de ses technocratiques. Les mêmes qui vont embaucher des trolls avec l’argent du contribuable européen, pour semer le doute sur les blogs et sites des euro-fosse-septiques.

    Bien à vous

  4. ultimateway dit :

    Un remake de l’Âne Martin ?
    Il est toujours difficile de réagir devant cette sensation d’être décalé par rapport à la réalité des autres. On se demande si c’est une plaisanterie, si on a mal compris…doit -on en pleurer ou en rire ?
    Je viens de faire un tour sur les forums du figaro pour lire les commentaires sur la météorite qui a frappé la Russie. Les intervenants sont désarmants.
    Soit on leur ment, soit c’est la faute des scientifiques qui n’avaient rien vu, ou la NASA qui est incompétente, ou les extra-terrestres qui préparent une invasion.. une autre demande si les centrales nucléaire sont protégées contre les météorites, si les armées sont incompétentes pour n’avoir pas pu détruire l’astéroïde en vol… Ce sont les mêmes qui cracheront sur la recherche spatiale et qui déploreront que nous n’ayons pas de moyens de se protéger contre ces dangers.
    Un meeting au café du commerce lors de la fête des idées reçues.
    Est-ce la bêtise, la paresse intellectuelle, vivent-il dans leur propre film construit à base de certitudes erronées ?
    Aucune conscience du monde qui nous entoure, de la fragilité de la vie et de notre taille dans l’univers.
    Affligeant.

  5. Mich dit :

    Dans ce sens, oui, je pense que vous avez tout à fait raison Mr Tandonnet.
    Je voulais dire (bon j’exagère évidemment) que si la France devient la Somalie, le poste de président deviendra beaucoup moins flatteur.. et donc convoité par des prototypes bobo-socialos arrivistes type Martin.

  6. M. dit :

    @Yves Leclercq
    « Les ambitieux ont forcément un narcissisme très fort » : je vous rejoins dans votre réflexion. Même sensibles, même empathiques (si c’est le cas), les grands hommes d’état ont nécessairement un égo hors norme, tout comme les grands artistes. Il faut forcément être être très sensible pour croire qu’on ressent quelque chose d’une manière différente des autres, il faut forcément être narcissique pour vouloir s’attarder là dessus, il faut forcément avoir un égo très fort pour croire qu’après la Joconde il y a encore urgence et nécessité à ce que le monde découvre ce que tu fais.
    De même, il faut une sensibilité et un égo incroyables pour croire qu’on peut, en personne, apporter des solutions à un pays entier, au monde entier à travers la politique internationale, il faut un égo pour croire que ses propres solutions et visions sont bonnes, justes et efficaces; il faut un grain de folie pour croire que sa personne peut changer un pays et la vie de son peuple.

    Cette « folie », cet égo apportent souvent plus du malheur que du bonheur, on ne peut pas s’en défaire, c’est comme un moteur éternel qui ne s’arrête jamais, qui donne des forces, qui pousse en avant quoi qu’il advienne. Cette passion, ce manque, cette presque douleur permettent de tout supporter et tout surmonter sur le chemin, font qu’on ne peut jamais se consoler avec un bon poste ou une bonne commission à diriger, mais qu’on avance pour assouvir enfin cette passion inconsolable. (On se moque volontiers de Ségolène Royal, de son incapacité de lâcher enfin la grappe et de son égo. C’est probable que Hollande se résignerait, peut-être, plus vite dans le même cas de figure, mais c’est précisément ça ce qui laisse entrevoir que la passion réelle habite Royal, ce qui n’est pas le cas de celui qui s’y est retrouvé presque par hasard de jeux politiques).

    Maintenant, je pense que Maxime a voulu justement souligner qu’on n’aspire pas à la Présidence pour des indemnités ou l’emploi du travail, que quand on a cette passion là, on ne reste pas à se contempler dans le vitre en laissant sa mère se renseigner sur le plan de l’Élysée…Que c’est une passion profonde et douloureuse qui n’est pas toujours visible à l’œil nu, mais qui ne cale pas avec l’image superficielle qu’ont donné la mère et le fils. Le monde politique est presque tout à l’image de ce Martin : à croire qu’à un moment donné, les Martins du genre ont investi la politique, égoïstes, mais pas assez pour héberger la passion sacrée pour le pays, qui se consolent vite avec des postes et des traitements, qui vont d’un compromis à l’autre puisque la passion qu’ils n’ont pas ne leur avait jamais donné des vraies convictions. Ces Martins nourrissent leur narcissisme, prêts à céder tout et n’importe quoi pour continuer…

    P.S. C’est pour ça que la présidentielle 2007 était si haute en couleurs : au moins c’était un combat de deux passions.

    • Yves Leclercq dit :

      Merci pour ce développement de ma remarque. Je crois, comme vous, qu’un candidat à la fonction de président de la République…de la Vème République, ne vise pas que les honneurs, mais veut marquer l’Histoire. Que ce soit François Hollande, dont l’ambition est apparue comme celle de la tortue de la fable, ou celle de Ségolène, qui n’était pas celle du lièvre, non, mais celle de la Victoire, de Rude, qui orne l’Arc de Triomphe.
      Toute ambition politique doit subir le jugement des pairs d’un jour, les électeurs. En rallier un peu plus de 50% est une vraie performance. Le désamour qui suit n’est qu’humain.

    • Yves Leclerq, peut-être, mais vouloir « marquer l’histoire » est une imbécilité de mégalomane. Ne la marquent que ceux qui justement ne l’ont pas voulu au départ mais ont choisi la voie du sacrifice personnel, comme de Gaulle en 1940. Vous croyez que c’était à lui qu’il pensait, lui condamné à mort par le régime de Vichy?
      Maxime

    • Yves Leclercq dit :

      Si le Général De Gaulle savait déjà que son choix de 1940 avait définitivement marqué l’histoire, et que son retour était attendu, ses successeurs comptaient bien ne pas être oubliés.

    • M. oui, c’est bien cela que j’ai voulu dire.
      Maxime

  7. Demander les détails « techniques » me fait penser à un cadre que je recevais et qui, quand je lui avais demandé s’il avait des questions, m’a répondu « vous avec une Nespresso au bureau ? » Pour en revenir à Martin, l’ambition est louable, surtout qu’au PS, il y a un manque certain de cerveaux ! Martin saura-t-il prouver qu’il en a un ? J’en doute…

  8. Koufra dit :

    Pour que Martin devienne président, envoyait un SMS avec le code 3. Cet appel sera sur facture du montant de la dette française.

    La président academy

  9. Yves Leclercq dit :

    Il vaut peut-être mieux une mère comme ça, qu’une mère « rabat-caquet ». Les ambitieux ont forcément un narcissisme très fort, soit construit à partir de l’amour des parents, soit réactionnel à une situation d’abandon. Dans le premier cas, il me semble me souvenir que Valéry Giscard d’Estaing évoquait un « tu seras un grand homme, mon fils »*. Dans le second cas….il n’est pas si loin.
    *Ce n’est peut-être « qu’après-coup » que Giscard attribuait à sa mère son ambition de devenir président de la République, car à l’époque de son enfance, le Président de la République n’était pas nécessairement un grand homme.

  10. jp dit :

    Il faut des pantins comme Martin pour donner l’illusion de diriger la France puisque notre souveraineté a été transférée ailleurs et en particulier à l’EURSS. Vous le savez très bien Mr Tandonnet..

  11. Mich dit :

    Un peu d’humour « noir »:

  12. Mich dit :

    Ce qui me rend le plus triste dans cette histoire, c’est pas Martin.

    C’est que dans quelques années, la France sera dans un tel état, que plus personne voudra en devenir président..pauvres cons qui s’imaginent que leur richesse, leur paix social est un fait, un acquis pour toujours . il risque de tomber de haut très bientôt.

    • Mich, alors là, vous vous trompez, c’est le contraire, moins il y aura de pouvoir et de responsabilité, et plus les postes politiques seront convoités…
      Maxime

  13. Annick dit :

    Bonsoir Maxime,

    « Des lions menés par des ânes », il faut lire Charles Gave.

    Comme j’ai l’habitude d’appeler les ânes, Martin… votre « nouvel ami » n’en serait que l’illustration politique complète et bien nommée (donc dévoilée, « mise à poil »), bien que ne se situant que dans une longue répétition. Un héritage logique, en fin de compte.

    … comment il était possible d’atteindre un tel degré dans le ridicule…
    C’est pire que ridicule, Maxime, c’est de l’infantilisme total. Cette mère veut mettre son fils à l’abri, sous les ors de la République, sans même qu’il lui vienne à l’esprit de le préparer à « son combat d’homme ». Non ! tout doit tomber « rôti » et combler les fameux désirs -de « Puissance », « Gloire » et « Jouissance »- ramenés à l’horizontal, pour, dans le sens profond, former des hommes dévoyés, détournés de leur chemin d’accomplissement. Cette mère est une couveuse de décadent.
    L’un de mes fils déclarait, adolescent, qu’il voulait être maître du monde.
    Je l’ai mis face à ses responsabilités, daredare !

    @Franck Boizard :

    Nous aurions grandement besoin de Hayek et de Ricardo ces temps-ci !
    Malheureusement, on musèle ceux qui s’en réclament.

    Cette phrase résume tout, à tous les niveaux :
    “we have to descend to the regions of lower moral and intellectual standards where the more primitive instincts prevail,” to have uniformity of opinion.

    Bien à vous

    • Annick, mais surtout ce qui me navre, c’est qu’il n’est pas venu à l’idée de cette dame que son fils pourrait avoir le destin heureux d’un homme honnête avec un métier qu’il aime… Tout simplement…
      Maxime

  14. Koufra dit :

    En même temps, êtes vous certain qu’il n’est pas déjà elu ce Martin ?

    Est il si différent du fils du président actuel ?

    Un « fils de », un enfant gâté connaissant le pouvoir de l’argent mais qui n’aura ses postes et titres que grâce au réseau de ses parents.

    Les charges ré deviennent héréditaires semblent ils. Après le suffrage censitaire, l’ancien régime !

    Je me rappelle cet remarque de gueluk (le dessinateur) qui parlant du fils bedos signalait que certes il arrivait la grâce aux relations de son pere mais que si il y retail c’était grâce à son talent.

    J’ai eu la désagréable impression qu’il était en train de rendre un service paye sur son capital sympathie en d’un retour pour sa propre progéniture.

    Qu’on aide ses enfants, c’est normal mais quand cela devient institutionnel, … Hé bien Martin devient président,
    Ubu devient roi.

    Caligula avait nommé un cheval sénateur de Rome, non par folie mais pour démontrer son pouvoir reel face a un sénat qui eut pu devenir une écurie si il eut déplu.

    Nous vivons exactement le phénomène inverse, le sénat nomme Martin président.

    • Ah, j’en suis sûr Koufra, d’ailleurs ses parents, aussi ambitieux soient-ils, ne sont pas en politique, ce qui va lui compliquer sérieusement la tâche…
      Maxime

  15. fredi maque dit :

    Je suis sûr que martin ferait très bien le boulot.
    Après tout faire voter le mariage pour tous ne demande pas beaucoup de compétences.
    Pas plus qu’à Hollande on ne demanderait à Martin de gouverner. Regarder mourir le pays au frais du contribuable, être un haut fonctionnaire plutôt qu’un petit, c’est dans les cordes de tous les Martin.
    Pourquoi pas lui ?

  16. Une fois n’est pas coutume, vous me pardonnerez un commentaire en anglais. Il s’agit d’une synthèse des arguments de FA Hayek pour expliquer qu’en politique, le plus pourri arrive au sommet.

    A cet argument, il faut ajouter la parabole de Ricardo sur les lions et les renards. Les renards, calculateurs et cyniques, se coalisent pour éliminer les lions, nobles et exigeants, et continuer entre eux leurs jeux bien médiocres. Comme la spécialité des renards est de repousser les problèmes sans les résoudre, ils se retrouvent dans une situation catastrophique et sont obligés de faire appel momentanément aux lions (1799, 1917, 1940, 1958). Après quoi, les renards renvoient les lions et le cycle recommence.

    Jacques Chirac et François Hollande sont très représentatifs des renards dans ce qu’ils ont de plus méprisables.

    Malheureusement, où sont les lions après quarante ans de règne des renards ?

    ************
    F.A. Hayek famously argued in The Road to Serfdom, that in politics, the worst get on top, and outlined three reasons this is so. First, Hayek makes the point that people of higher intelligence have different tastes and views. So, as Hayek writes, “we have to descend to the regions of lower moral and intellectual standards where the more primitive instincts prevail,” to have uniformity of opinion.

    Second, those on top must “gain the support of the docile and gullible,” who are ready to accept whatever values and ideology is drummed into them. Totalitarians depend upon those who are guided by their passions and emotions rather than by critical thinking.

    Finally, leaders don’t promote a positive agenda, but a negative one of hating an enemy and envy of the wealthy. To appeal to the masses, leaders preach an “us” against “them” program.

    “Advancement within a totalitarian group or party depends largely on a willingness to do immoral things,” Hayek explains. “The principle that the end justifies the means, which in individualist ethics is regarded as the denial of all morals, in collectivist ethics becomes necessarily the supreme rule.”

  17. michel43 dit :

    OUI Maxime c »est fort possible,un MARTIN a l’elysée,, rire MARTIN ;le petit fils de CHIRAC?

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