Compte rendu de lecture du livre « Le déni des cultures » (Seuil, 2010)

L’ouvrage « le déni des cultures » paru en septembre 2010, connaît un succès médiatique exceptionnel. L’auteur, Hugues LAGRANGE, la soixantaine, d’une sensibilité marquée à gauche, est sociologue au CNRS et enseigne à Science Po. Le livre a la particularité de s’en prendre à un sujet difficile à aborder sinon tabou : celui d’un rapport éventuel entre immigration et délinquance.

En effet, sur la base d’une étude sur 4500 adolescents dans les quartiers sensibles de la région parisienne et nantaise, en situation sociale comparable, l’auteur fait état d’un lien entre l’origine et le pourcentage des adolescents verbalisés pour infraction :

  • Français depuis plusieurs générations : 4,7%
  • Autre origine européenne : 5,2%
  • Originaires Maghreb : 11,2%
  • Afrique noire hors Sahel : 9,8%
  • Afrique sahélienne : 16,5%
  • Turquie : 9,2%

Il souligne une forte corrélation entre ces pourcentages et le niveau de réussite scolaire évalué à travers le taux de succès au brevet.

Hugues LAGRANGE s’interroge sur les raisons de ce lien constaté entre le niveau de délinquance et l’origine des migrants. Selon lui, « Le surcroit d’inconduite des jeunes d’origine africaine ne parait pas dériver du caractère récent de la migration. L’immigration asiatique elle aussi est récente. Or, il s’avère que dans les familles de statuts comparable, les jeunes venus d’Afrique du Nord, d’Afrique noire sont plus souvent impliqués dans la délinquance et ont une scolarité beaucoup moins bonne que les jeunes d’origine asiatique, « pourquoi ? ».

L’auteur explique ces phénomènes, outre le facteur socio-économique – pauvreté, chômage, ghettoïsation –   par des raisons culturelles. La délinquance serait ainsi en partie liée au nombre d’enfants dans les familles. Le taux de délinquance est de 30% pour l’ainé de plus de 7 frères, de 11% entre 3 et 7 frères et de 7% pour 2 frères et moins. Plus le nombre d’enfants est élevé, plus ils sont laissés à eux-mêmes et moins les parents assument leur mission éducative en particulier le père. La polygamie aurait un impact dévastateur pour la cohésion sociale. Elle expliquerait sans doute l’importance de la délinquance dans les familles d’origine sahélienne. Selon lui, « la persistance de taux de fécondité aussi colossaux et d’autres traits associés nourrit des tensions sur le sol européen, notamment dans les relations des enfants avec les institutions : l’école au premier chef, parfois la police et la justice plus tard. »

Toute personne qui s’interroge comme Hugues LAGRANGE, sur  la question du rapport éventuel entre immigration et délinquance se trouve à un moment ou à un autre confrontée à un délicat  dilemme : faut-il privilégier l’étude des faits ou la morale dominante qui condamne tout rapprochement entre ces deux termes? Faut-il prendre le risque d’humilier et de stigmatiser la majorité des personnes issues de l’immigration, qui n’ont aucun rapport avec les violences et ne demandent qu’à vivre en paix? Le droit à la connaissance des faits, ou tout au moins à la recherche de la vérité aussi insupportable soit-elle, n’est-il pas au fond le socle de toute démocratie ? On touche ici à l’essentiel : au regard des valeurs de la démocratie,  Hugues LAGRANGE a-t-il raison de tenir un langage de vérité contre ceux qui l’accablent d’avoir brisé l’omerta? La liberté de son propos tient du pari : pari que le peuple, « les gens » sont assez tolérants, ouverts et intelligents pour entendre une réflexion sur un lien possible entre immigration et délinquance sans verser dans l’amalgame, l’exagération, la généralisation, la récupération, la haine. En tout cas il ne fait aucun doute que l’on ne peut pas renoncer au droit de s’exprimer, à la liberté d’expression, aussi gênante soit-elle, sans faire le sacrifice de la démocratie. Les vrais réactionnaires sont aujourd’hui ceux qui s’offusquent des écrits de Hugues LAGRANGE et qui tentent de le faire taire par l’injure, la diabolisation, l’intimidation.

Le livre sous estime les facteurs socio-économiques, en particulier le chômage.  Il pèche un peu par quelques longueurs et Hugues LAGRANGE s’arrête malheureusement en chemin, ne tire pas toutes les conséquences de son analyse. Son  constat est à l’évidence préoccupant sur l’impact des flux migratoires trop concentrés sur certaines banlieues et non accompagnés de politiques d’intégration suffisantes au cours de ces dernières décennies pour la société française. Cependant, à aucun moment il ne se hasarde à préconiser une organisation accrue de l’immigration. Au contraire, il fustige …« les politiques identitaires, la fermeture des frontières, le développement d’une idéologie sécuritaire … le sinistre ministère de l’identité national … ». Ses propositions de solutions ne sont pas franchement convaincantes : sans aller jusqu’au communautarisme, il invite à mieux reconnaître la différence culturelle et à « réfléchir sur des dispositifs de médiation ou de justice de paix qui représentent la diversité culturelle ». En réalité, Hugues LAGRANGE tente (en vain) d’échapper à une diabolisation politico-médiatique au moyen de l’affichage d’une véritable hostilité à la politique actuelle de l’immigration fondée sur la maîtrise des flux. Il n’y parvient d’ailleurs qu’à moitié.

Maxime TANDONNET

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Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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3 commentaires pour Compte rendu de lecture du livre « Le déni des cultures » (Seuil, 2010)

  1. MICHAUD Alex dit :

    Les acres des colloques de l’Institut de Géopolitique et des Populations sont disponibles en version-papier au prix de dix Euros et sont consacrés au chiffrage de cette invasion migratoire.

  2. Merci pour votre témoignage, bon courage sincèrement pour retrouver un emploi
    Bien cordialement

    • Lesteph dit :

      Merci, c’est gentil.
      Hélas, je crois que je vais être obligé de chercher en dehors du social.
      J’avais passé un entretien pour être responsable d’une maison d’insertion par le logement.
      La directrice adjointe m’a rappelé en me disant qu’ils ne me prendraient pas même si j’étais le meilleur candidat. La directrice générale était opposée à ma volonté de travailler l’insertion professionnelle des résidents au motif que pour elle, ces gens ne travailleront jamais.
      Avant, on tirait les gens vers le haut, maintenant on les maintient dans leur statut d’assistés.
      Tant que des cadres et des dirigeants seront cette optique, des centaines de milliers de personnes en grande souffrance resteront à tourner en rond en se sentant inutiles.

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